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La Cornouaille et le cidre

Le cidre a été inventé au XVe siècle et a mis trois siècles pour venir de la Biscaye à la Cornouaille, en passant par la Normandie. S’il existait auparavant des breuvages à base de pommes, personne ne parle de cidre avant que les Normands et Biscayens ne s’en disputent l’invention.

On sait cependant, par les témoignages des pèlerins de Compostelle, que les Basques cultivent le pommier depuis des temps très anciens et il semble bien que nous leur devons la création du cidre moderne, même si ce sont les Normands qui en ont fiabilisé la technique d'élaboration et si les Bretons de Cornouaille, grâce à un terroir d'exception, en ont magnifié les saveurs.

La Cornouaille a en effet la chance de disposer de variétés de pommes particulièrement bien adaptées à ses terroirs. C’est ainsi que nos producteurs peuvent proposer une gamme de produits où les équilibres entre amertume, acidité et sucre reflètent autant leur grand savoir faire que l’excellence de leurs vergers.

Ce site est donc un hommage au cidre de Cornouaille. Il propose une approche de ses terroirs, des commentaires sur les productions actuelles et un panorama des pommes qui en font l'originalité.

Il raconte également une histoire revisitée du cidre, car nous autres Cornouaillais, lointains héritiers des guerriers de l’île de Bretagne, dont les exploits sont si présents dans la littérature et le divertissement, apprécions toujours les récits où la fantaisie d'un héros, réel ou imaginaire entretient, mieux qu'une académie, la légende des temps écoulés.

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L'histoire du cidre offre à cet effet, une trame assez solide pour des aventures commencées au siècle des grandes découvertes et qui voient un personnage à la recherche de la saveur perdu du nectar mythique de Murmann, ancien roi en Bretagne.

Une ancienne légende entretient à petit feu son souvenir. Elle en dit la sagesse et évoque en peu de mots une de ses expéditions guerrières dans l’est de l’Armorique. Le guerrier cornouaillais y avait infligé une sévère défaite à l’armée des Francs. L’effort et les chaleurs de l’automne laissèrent cependant les vainqueurs sur une soif insatiable. Or, aucune fontaine, aucun ruisseau ne rafraîchissait les alentours. Seul un pommier magnifique étalait son ombre au sommet d’une colline.

Murman ordonna d’en cueillir les fruits, mais le moine de sa suite s’interposa afin d'empêcher les soldats d’approcher ces symboles du péché dont les chrétiens interdisaient la consommation. La querelle fut rude et l’abbé, dont la stature avait décidé bien des conversions, secoua tant et si bien l’arbre que les branches en restèrent nues. Pour ôter à la troupe toute tentation, il se saisit de pierres et écrasa rageusement les pommes dont le jus se mit à couler et à remplir l'auge de pierre avec laquelle il prétendait avoir traversé la mer de Bretagne. Sous l’effet du soleil, le liquide se transforma en une boisson dorée et parfumée. Tous les hommes de l’expédition vinrent s’y désaltérer et affirmèrent que jamais dans le monde, ils n’avaient bu pareil délice.

Le moine, y ayant goûté lui aussi, le trouva si bon qu’il atténua l’interdit de manger des pommes en autorisant la consommation du breuvage que l’on pouvait en faire. Malheureusement, personne ne réussit à reproduire le miracle.

Il s’est passé beaucoup de temps avant que ce nectar soit enfin retrouvé, mais c'est chose faite, et le cidre de Cornouaille est à l’image de sa légende, à la fois doux, puissant et définitivement rebelle.
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