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Les variétés de pommes
à cidre
Les cidres sont
généralement élaborés avec
plusieurs variétés de pommes assemblées dans une
proportion qui varie chaque année en raison de l'alternance et
des périodes de maturité.
On appelle alternance le fait que les pommiers donnent de bonne
récolte une année sur deux. Ce phénomène
est plus ou moins marqué suivant les variétés. Il
y a trois périodes de maturité. Les pommes mûres en
septembre n'ont pas une grande qualité, mais peuvent servir
à élaborer des primeurs et de l'alcool. Les pommes
mûres d'octobre à mi-novembre ont une qualité
suffisante pour élaborer de bons cidres. Les pommes de
dernière période ne sont pas mûres à la
cueillette et doivent mûrir au sec avant le brassage. Elles sont
utilisées pour les cidres de tradition.
Il est donc important de disposer d'une diversité de
variétés de pommes afin d'ajuster les assemblages quels
que soient les aléas de la récolte. Chaque
variété apporte sa couleur, ses parfums et ses saveurs.
Les pommes amères donnent la structure, l'amertume, et
favorisent la clarification. Les douces-amères leur sont proches
avec des nuances qui permettent des assemblages différents. Les
pommes douces apportent des parfums et du sucre. Les pommes acides
complètent l'équilibre aromatique avec des notes de
fraîcheur et favorisent la résistance aux
altérations.
Le verger cornouaillais abrite un tronc commun de
variétés dites d'élite présentes sur tous
les terroirs, dont nous donnons quelques-unes. Il abrite
également de nombreuses variétés locales
uniquement présentes sur chaque terroir, dont les pages qui
suivent montrent une petite sélection. Les
variétés présentées sont une
sélection de quelques-unes des variétés les plus
appréciées du verger cornouaillais. Les informations
données sont extraites de conversations avec des cidriers
traditionnels.
C’huero-brizh (Élite)
Pomme douce-amère, emblématique de Fouenant, elle est la
base de la réputation du cru avec la dous-bloc’hig et la
c’huero-ruz-mod-kozh. Elle apporte au cidre une bonne amertume, mais
elle est précoce, a tendance à chuter avant la pleine
maturité, se conserve assez mal au sol et devient vite
farineuse. Il faut donc la travailler au bon moment pour obtenir de
bons résultats.
C’huero-brizh signifie assez amer, de c’huero (amer) et brizh
(tacheté ou vaguement). Ce nom s’inspire de l’apparence de la
pomme et de la saveur de son jus. Dans la conversation, c’huero-brizh
désigne le pays de Fouenant, ou le Fouenantais lui-même,
tandis que c’huero désigne le cidre doux-amer, foncé en
couleur et moelleux, du cru.
À
noter que
c'huero se prononce feo, à Fouenant et en Pays Bigouden.
Dous-koat-lignez
(Élite)
Pomme douce, variété rustique, implantée sur de
nombreux vergers, elle est appréciée des cidriers car
elle permet d’élaborer des cidres se conservant naturellement
doux. Originaire de Baud, dans le Morbihan, la tradition rapporte que
dans la ferme où furent prélevés les greffons de
référence de la variété, il y avait un
arbre dont le tronc très large et creux, servait de niche
à chien.
Dous-koat-lignez signifie doux du bois de la lignée, de dous
(doux), koat (bois, forêt) et lignez (maison noble). La
dous-koat-lignez doit son nom à sa saveur douce et probablement
au lieu où elle fut découverte, à proximité
du bois d’une lignée, toponyme récurrent en temps en
Bretagne et qui peut indiquer que le bois faisait partie des domaines
d’une puissante lignée, généralement
constitués de forêts.
Dous-moen (Élite)
Pomme douce, d’une remarquable richesse en sucre, elle est
utilisée pour élaborer des cidres de haute
qualité. Étudiée dès la fin du XIXe, elle
est originaire de Clohars-Carnoët où elle est très
réputée. Après avoir été
adoptée par la Cornouaille, elle est aujourd’hui
implantée sur l’ensemble du verger breton. L’arbre
nécessite toutefois des soins constants pour donner de bons
résultats.
Dous-moen signifie doux et petit de dous (doux) et moan (étroit
et grêle). La prononciation de moan a varié au fil du
temps et a fait muter moan (moã:n) en moen (mowen). Le nom de la
dous-moen vient à priori de la taille caractéristique de
son fruit qui est effectivement petit et même très petit
suivant les années. Il est cependant possible qu’elle porte le
nom de son inventeur car Moan et Moen sont des patronymes
répandus dans toute la Cornouaille.
Gilvig (Élite)
Pomme acidulée et variété emblématique de
Baud à l’ouest du Morbihan. Utilisée pour élaborer
un cidre pâle doux et fruité, commercialisé
localement sous appellation Royal Guillevic, elle s’est aujourd’hui
imposé comme la pomme acidulée des vergers bretons pour
équilibrer les cidres.
Gilvig est un mot breton qui désigne le macareux ou le guillemot
suivant les régions. La variété doit probablement
son nom à son inventeur. Le patronyme Guillevic est en effet
très courant dans le Morbihan. On citera en exemple le
poète Guillevic, natif de Carnac dont l’œuvre couvre toute la
deuxième moitié du XXe.
Kêrmerien
(Élite)
Pomme douce-amère, elle est omniprésente dans les
vergers. Originaire de Clohars-Carnoët où elle fut
découverte au XIXe par un agriculteur qui ayant remarqué
de beaux fruits, produits régulièrement tous les ans par
un arbre de semis sur un fossé de Porsac’h, y préleva des
greffons et la nouvelle variété qui ne tarda pas à
se répandre. Elle donne un excellent cidre utilisée
seule, mais localement elle est rehaussée par de la lost-kamm ou
de la stang-ruz.
Kêrmerien signifie la maison des fourmis, de kêr (ville,
village, habitat) et merien (fourmis). La variété tient
probablement son nom du lieu où elle fut initialement
implantée à moins qu’elle ait adopté le nom de son
inventeur, un patronyme que l'on rencontre régulièrement.
À noter que près de Clohars-carnoët il existe un
petit port de pêche appelé Merrien dont l’écrivain
Jean Merrien, auteur de nombreux livres sur la mer et les bateaux, a
pris le nom pour pseudonyme.
Marie Ménard
(Élite)
Pomme amère, elle est originaire de Matignon dans les
Côtes d’Armor. Réputée pour son amertume et ses
qualités cidricoles, elle est désormais plantée
sur l’ensemble du verger cornouaillais.
D’après la légende, c’est en 1910 que Madame Marie
Ménard, qui possédait une ferme à Saint Germain
près de Matignon dans les Côtes d’Armor, aurait
acheté auprès d’un pépiniériste, quelques
aigrins au marché de Lamballe. Quelques années plus tard,
au moment de greffer, elle aurait fait appel à un agriculteur
qui lui aurait conseillé de conserver tel quel un des plants car
le fruit lui semblait intéressant. Le fruit l'était
effectivement à tel point que de nombreux greffons furent
prélevés sur l’arbre et que l’on donna à cette
pomme, célèbre pour son amertume, le nom de la dame.
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